Violence spirituelle et identitaire : manifestations et conséquences

Problématique

Violence spirituelle et identitaire : manifestations et conséquences

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Comme toutes les autres formes de violence, la violence spirituelle et identitaire comprend une grande variété de comportements qui visent à gagner du pouvoir sur la victime et à la priver de sa liberté. La particularité de cette forme de violence est qu’elle cible le sens que la victime donne à sa vie : ses croyances, ses valeurs, ses rêves, ses buts personnels et ses aspirations.

Violence identitaire

La violence identitaire cible les points de repères de la victime et ses raisons de vivre, tels que :

  • Remettre en question ses valeurs profondes ;
  • Se moquer de ses rêves ;
  • Discréditer ou ridiculiser ses aspirations ou ses réalisations professionnelles ;
  • Nuire volontairement à la réalisation de ses rêves ou de ses projets ;
  • Imposer un mode de vie ;
  • Encourager des comportements autodestructeurs ou suicidaires ;
  • Etc.

Violence spirituelle

La violence spirituelle est une forme de violence identitaire qui cible principalement les croyances de la personne, qu’elles soient d’ordre spirituelles ou religieuses, telles que :

  • Dénigrer ou ridiculiser ses croyances ;
  • Empêcher ou forcer des activités liées à des croyances (faire la prière ou porter un signe religieux par exemple) ;
  • Empêcher de participer à des activités sociales liés à ses croyances (fréquenter un lieu de culte par exemple ; 
  • Empêcher ou forcer de célébrer certaines fêtes ou d’observer certains rituels liés à des croyances religieuses ; 
  • Imposer une façon de vivre en invoquant la religion ;
  • Utiliser les croyances d’une personne pour la manipuler et la contrôler; 
  • Imposer unilatéralement une identité religieuse aux enfants ;
  • Etc. 

La violence spirituelle est également liée aux violences basées sur l’honneur, qui se produisent quand un agresseur punit une victime qui ne se soumet pas à des croyances spirituelles ou religieuses, et qui est perçue comme ayant porté atteinte à l’honneur du partenaire lui-même, ou plus largement à celui de sa famille ou de sa communauté.

Imposition de l’identité de l’agresseur

Graduellement, le partenaire violent va imposer SON identité, le sens que LUI donne à sa vie, SES valeurs, SES croyances (ou sa religion), SES projets et SES rêves à la victime. Avec le temps, l’identité de la victime va être substituée par celle de l’agresseur. Autrement dit, il va highjacker l’identité de la victime : il devient «SA» raison d'être. L’agresseur fait en sorte que la victime devienne un prolongement de lui-même, un moyen d’atteindre ses buts à lui. On le constate souvent quand on voit une victime s’investir dans la réalisation des projets ou entreprises de l’agresseur, ou encore adopter ses passe-temps, au détriment des siens. Elle peut aussi sacrifier des choses qui étaient auparavant très importantes pour elle, une carrière par exemple, au profit de celle de l’agresseur. 

Conséquences

La violence spirituelle et identitaire fait en sorte de priver la victime de repères essentiels pour s’orienter dans sa vie, un peu comme si on lui enlevait sa boussole intérieure. Cela peut lui donner l'impression qu'elle n’est rien sans son partenaire, parce qu’il s’est imposé comme repère. C’est sa boussole à lui qui guide sa vie à elle. La victime peut avoir l’impression qu’elle ne sait pas ce qu’elle veut et ainsi grandement compliquer sa prise de décisions. La victime peut se sentir vide, perdue ou paniquée quand le partenaire est absent ou qu’il refuse de lui offrir la validation dont elle a besoin. Éventuellement, la violence spirituelle et identitaire va aussi nuire à la capacité de la victime à remettre en question la relation avec le partenaire. 

Il est important de dire qu’une victime dont l’identité est fortement ciblée et envahie par son agresseur peut sembler à tort, souffrir d’une forme de dépendance envers lui. Il ne s’agit pas de dépendance, mais bien de de l’emprise que l’agresseur a sur elle.

Il me «laissait» souvent… et à chaque fois je me battais pour qu’il revienne malgré la violence et malgré que je sentais qu’il n’était pas bon pour moi… en même temps j’avais l’impression que je ne serais rien sans lui. J’entrais en état de panique et j’aurais fait n’importe quoi pour qu’il revienne. Ma sœur m’a dit que j’étais dépendante affective et que j'avais peut-être une personnalité borderline et ça m’a beaucoup nui dans mon parcours parce que je pensais que c’était moi le problème. J’ai essayé de travailler sur moi et mon partenaire s’en servait même contre moi… Maintenant je comprends que le problème, c’était lui, c’était la cage qu’il avait bâtie autour de moi.

Reconstruire son identité

Suite à une relation de violence avec un partenaire intime, la personne survivante va lentement redécouvrir qui elle est et reconstruire son identité propre. Elle aura besoin de temps, de compréhension et de soutien de la part de son entourage durant cette période où elle peut se sentir particulièrement vulnérable, avoir l’impression de ne plus se reconnaître ou de ne plus savoir ce dont elle a envie - ou pas. Elle aura besoin de temps pour se retrouver, se redéfinir et reconstruire ses repères.

Bien qu’elle puisse être difficile à plusieurs égards, la période où l’on reconstruit son identité peut aussi être particulièrement fertile, intéressante et parfois même excitante. En plus de retrouver certains aspects de soi-même, c’est souvent aussi un moment de renouveau où l’on peut découvrir de nouvelles choses, s’ouvrir à de nouvelles croyances, faire ses propres choix et redéfinir sa vie. 

J’ai eu l’impression de disparaître pendant ma relation avec mon ex. Tout ce qui avait de la valeur c’était ce qu’il voulait, ses rêves, ses ambitions, ses projets. J’ai travaillé dans son entreprise, des heures de fou. J’ai mis presque toute ma vie sur pause pour lui. On dirait que tous mes projets, mes ambitions à moi, même mon choix de carrière en relation d’aide, tout ça n’avait aucune valeur à ses yeux à lui et c’est devenu pareil pour moi. J’ai reconstruit certaines choses depuis que je l’ai laissé, et il a fallu en réinventer d’autres. Je n’ai plus jamais repris goût au travail en relation d’aide par exemple, mais j’ai trouvé une autre passion dans les arts visuels.

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